Impact des réseaux sociaux sur la santé des adolescents : l’Anses alerte sur la vulnérabilité des jeunes face aux dangers

Un adolescent sur deux passe entre 2 et 5 heures par jour sur son smartphone. Ce qui était perçu comme une simple habitude numérique est désormais qualifié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de « facteur de risque majeur » pour la santé des jeunes. Après avoir mené une analyse approfondie de plus de 1 000 études, l’Agence identifie de nombreux risques pour les jeunes, en particulier en matière de santé mentale, et appelle à une révision profonde des plateformes. 

L’alerte scientifique est aujourd’hui irréfutable et appelle à une action renforcée pour protéger les adolescents.  

La « captation de l’attention sur les plateformes : un modèle économique toxique pour les jeunes. Le modèle économique des plateformes de réseaux sociaux repose sur la vente d’espaces publicitaires et de données, ce qui impose de maximiser le temps d’utilisation par tous les moyens, par exemple via :  

  • Des interfaces manipulatrices (ou dark patterns) c’est-à-dire des designs conçus pour maintenir l’engagement de l’utilisateur le plus longtemps possible. 
  • L’effet « spirale » : des algorithmes de recommandation qui jouent sur les préférences des utilisateurs et des contenus ultra personnalisés. 
  • L’expertise de l’Anses montre que ces plateformes exploitent la vulnérabilité des jeunes. En effet, à un âge où la régulation émotionnelle et comportementale est en construction, les jeunes sont désarmés face à ces dispositifs incitatifs puissants et aux contenus profondément toxiques auxquels ils sont confrontés. 

Un impact dévastateur sur la santé mentale et physique 

L’Anses identifie quatre zones de danger immédiat pour les 12-17 ans : 

  1. Le sommeil : l’heure du coucher est retardée et l’endormissement est perturbé, entraînant irritabilité et symptômes dépressifs. 
  1. La dévalorisation de soi : l’exposition à des corps idéalisés ou filtrés exacerbe les troubles du comportement alimentaires et la haine de son propre corps. 
  1. Les comportements à risques : l’amplification algorithmique expose les jeunes à des contenus sur l’automutilation ou qui promeuvent l’usage de drogues. 
  1. La cyberviolence : l’anonymat et la facilité de diffusion intensifient le harcèlement et ses répercussions psychologiques. 

Elle insiste également sur le fait que les jeunes filles sont parmi les plus impactés par ces effets sanitaires, car elles sont plus nombreuses à utiliser les réseaux sociaux mais aussi en raison du poids des stéréotypes de genre et du fait qu’elles sont plus souvent la cible de cyberharcèlement. 

Réguler les réseaux sociaux à la hauteur des enjeux de santé publique  

En matière de régulation des plateformes,  le Digital Services Act (DSA) européen est une avancée importante pour protéger les utilisateurs, en particulier les mineurs, et doit maintenant faire l’objet d’une implémentation effective.  

Mais, comme le souligne très justement l’Anses, il faut désormais aller plus loin et permettre aux jeunes d’accéder uniquement à des réseaux sociaux respectant un cahier des charges précis incluant : 

  • La mise en œuvre réelle de la limite d’âge pour les moins de 13 ans, telle que prévue par le RGPD. 
  • Le non recours aux interfaces manipulatrices  
  • La limitation de l’amplification des contenus nocifs pour la santé 

Il ne s’agit ici pas d’interdire l’accès aux réseaux sociaux, mais de garantir aux mineurs l’accès à des plateformes « conçues et paramétrées pour protéger leur santé ». Le temps du laisser-faire algorithmique doit prendre fin. 

Consultez le rapport complet  :  https://www.anses.fr/fr/content/securiser-les-usages-des-reseaux-sociaux-pour-proteger-la-sante-des-adolescents